Les Clauses Sociales à Bruxelles

Faites de vos marchés publics des leviers d'insertion professionnelle !

Bonnes Pratiques

Bonnes pratiques – BAJART et la clause sociale d’insertion

ADJUDICATAIRE DE PLUSIEURS MARCHÉS PUBLICS À BRUXELLES, L’ENTREPRISE BAJART A FAIT L’EXPÉRIENCE D’ENGAGER DES OUVRIERS EN INSERTION VIA LA CLAUSE SOCIALE. DES PROFILS SUPER ATTACHANTS ET MOTIVÉS !





Monsieur Aubry, vous êtes directeur technique au sein de l’entreprise Bajart. Pouvez-vous présenter votre entreprise en quelques mots ?

Bajart est restée une entreprise familiale, depuis sa création à la fin du 19ème siècle. Spécialisée au départ dans la couverture en ardoise, tous les corps de métier se sont progressivement ajoutés. Julie Bajart a pris la tête de l’entreprise en 2001, qui compte à ce jour sur son payroll une vingtaine d’employés et une septantaine d’ouvriers. Nous sommes une entreprise générale spécialisée en patrimoine. Nous réalisons également des rénovations et très occasionnellement, du neuf. Nous collaborons régulièrement avec des banques et des hôpitaux. Nous avons une menuiserie ici en interne, grâce à laquelle nous avons beaucoup développé les aménagements intérieurs. Nous faisons entre 12 et 13 millions de chiffres d’affaires par an. Nous sommes agréés en classe 7 et les marchés publics représentent entre 70 et 80 % de notre chiffre d’affaires. Notre siège social est situé à Suarlée près de Namur et nous effectuons la plupart de nos chantiers en Wallonie, mais nous avons récemment décroché coup sur coup quatre marchés à Bruxelles, dont trois sont porteurs d’une clause sociale. C’est une expérience que nous vivons très positivement !



Comment votre entreprise a-t-elle intégré cette obligation de la clause sociale d’insertion ?

Nous sommes actuellement présents sur trois chantiers pour des adjudicateurs bruxellois : le théâtre royal de Toone, le CPAS de Saint-Gilles, la société de logements sociaux Foyer du Sud (Saint-Gilles et Forest).
Au départ, nous envisagions l’exécution de la clause d’insertion avec des pieds de plomb. Finalement, nous avons été agréablement surpris à la fois par les candidats, et par l’efficacité de l’accompagnement de la cellule clauses sociales au sein d’Actiris. Après avoir circonscrit le type de profil que nous souhaitions pour chaque chantier, notre contact chez Actiris, Nicolas de Premare, a recherché les candidats. Il nous a envoyé cinq ou six CV pour chaque poste. J’ai reçu les candidats avec le gestionnaire du chantier et nous avons pu désigner celui qui était pour nous le profil idéal pour chacun des postes à pourvoir.
L’ouvrier engagé via la clause sociale se voit ensuite désigner un parrain, qui est assez naturellement le gestionnaire du chantier pour lequel il est engagé. La porte de mon bureau est aussi toujours ouverte. Ils ont bien entendu accès à toutes les formations et brevets obligatoires. Nous les prenons très au sérieux.






Comment avez-vous vécu concrètement cette expérience de la clause sociale ?

Pour notre chantier à Saint Gilles par exemple, nous devions monter une grue tour et nous n’avions pas de grutier en interne. Du coup nous avons engagé un grutier en clause sociale. Nous en sommes tout à fait satisfaits et nous le garderons, si nous avons suffisamment de chantiers à Bruxelles, à l’avenir, pour justifier cet investissement.
Etant spécialisés en patrimoine, nos chantiers sont souvent techniques, nécessitant des savoir-faire très pointus. C’est pourquoi, sur un chantier comme celui qui nous a été confié pour le Foyer du Sud, nous recherchons pour les clauses sociales des profils assez polyvalents, pour compenser leur manque de qualification et venir en appoint à nos ouvriers très spécialisés.
Concrètement, nous n’avons jamais eu des clauses sociales très importantes en nombres d’heures. Intégrer une personne extérieure à une équipe de cinq est très gérable. J’imagine que ce doit être beaucoup plus compliqué lorsque l’on « saucissonne » un marché en spécialités, dans la mesure où l’on est censés intégrer via les clauses sociales des personnes peu qualifiées.



Quel bilan tirez-vous de ces expériences ?

Un bilan très positif, de notre point de vue ! Nous avons le sentiment que les personnes en clause sociale amènent un plus sur le chantier, nous en sommes globalement très contents. Nous avions même décidé de prolonger le CDD de l’un des ouvriers, engagé comme maçon manœuvre via la clause sociale, mais il est malheureusement tombé gravement malade entretemps.
Les bénéficiaires clauses sociales que nous avons accueillis étaient extrêmement motivés, même pour des contrats de courte durée. Ils ont un mordant extraordinaire. Mais dans le contexte de concurrence actuel au niveau du secteur de la construction, nous pouvons difficilement nous permettre de pérenniser leurs emplois au sein de notre entreprise. Il y a cinq ans d’ici, nous étions encore tout à fait compétitifs, tout en employant uniquement notre personnel en propre. Depuis deux ans, nous sommes acculés à diminuer nos marges car nos concurrents travaillent à des taux de mains d’œuvre parfois jusqu’à 50 pour cent moins chers. Les métiers du patrimoine sont de moins en moins une niche. Nous sommes à un moment charnière pour la pérennité de l’entreprise, dans lequel je n’entrevois pas beaucoup de perspectives d’engagement.
En conclusion, je dirais que nos métiers demandent d’avoir beaucoup d’expérience pour devenir performant… et rentable. Dès lors, la clause sociale est certainement un pas vers plus de qualification pour ces personnes, mais ne suffit sans doute pas.



Quel regard posez-vous sur l’implication des pouvoirs adjudicateurs dans le processus ?

Au niveau de la rédaction du cahier de charges, je dois dire que les quatre clauses sociales étaient toutes très bien calibrées par rapport à la durée et à la nature du chantier.
Par contre, au niveau du contrôle de l’exécution, je ne les ai pas toujours trouvés très concernés. Ils ne s’inquiètent pas trop de savoir comment se passe l’exécution. L’aspect qualitatif de l’insertion concerne peut-être davantage Actiris. Mais j’estime que si le pouvoir adjudicateur émet des exigences vis-à-vis de nous, la moindre des choses serait de suivre davantage les obligations qui nous sont imposées. La clause sociale engendre des coûts, et je voudrais être assuré que nos concurrents sont aussi rigoureux que nous. Comment en être sûr, alors que les pouvoirs adjudicateurs ne semblent pas toujours au courant des documents que nous devons leur remettre pour attester de la bonne exécution de la clause ?

De notre côté, nous allons prendre l’habitude de leur réclamer une attestation de bonne exécution de la clause sociale, ce sera une façon d’y attirer leur attention.