Les Clauses Sociales à Bruxelles

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Entreprises sociales à l’honneur

Les Jeunes Jardiniers

L’entreprise d’économie sociale Les Jeunes Jardiniers est une ETA, entreprise de travail adapté (dits « Ateliers Protégés » dans la loi sur les marchés publics). Ces structures emploient majoritairement des personnes handicapées. Celles-ci doivent non seulement être inscrites auprès du PHARE [1] , mais être également porteuses d’une reconnaissance spéciale qui atteste de leur incapacité à s’insérer dans un circuit professionnel conventionnel. L’entreprise horticole « Les Jeunes Jardiniers » emploie pas moins de 135 personnes, parmi lesquelles 100 possèdent cette reconnaissance du PHARE. Rencontre avec son directeur, Vincent Galand.

Monsieur Galand, qu’es-ce qui a motivé la création des Jeunes Jardiniers ?

La plupart des ETA bruxelloises ont été créées dans les années ’70. Les Jeunes Jardiniers ne font pas exception. L’école d’enseignement spécialisé Nid Marcelle Briard proposait alors une filière horticole. Une fois leur cursus scolaire achevé, les jeunes ne trouvaient pas de débouché, vu leur profil spécifique. C’est de ce constat qu’en 1975 est née l’ETA « Les Jeunes Jardiniers », qui offrait ainsi une continuité à ces jeunes en difficulté en leur prodiguant une opportunité d’emploi. Aujourd’hui nous continuons à employer des jeunes gens sortis de l’enseignement spécialisé, caractériels ou porteurs de handicap mental léger, qui ne pourraient pas s’insérer dans un circuit classique. Nous employons également trois personnes malvoyantes parmi les 13 membres de notre personnel administratif.

Pour ces jeunes nous ne sommes pas juste des employeurs. Nous gérons aussi leurs problèmes quotidiens, comme par exemple, dans certains cas, les relations avec leurs médiateurs de dettes, leurs propriétaires, etc. C’est pourquoi parmi notre personnel, nous comptons une assistante sociale qui s’occupe de l’accompagnement psycho-social de nos travailleurs.

Quels services et quelle plus-value pouvez-vous offrir en tant que prestataires ?

Nous sommes la seule ETA en Belgique francophone qui ne fasse que du « parcs et jardins ». Nous avons 30 équipes de trois à quatre personnes, chacune étant accompagnée d’un responsable d’équipe. Nos prestations couvrent tout ce qui intervient autour de la maison : terrasse, pavage, maçonnerie, taille de haies, abattage, élagage, pièces d’eau, montage d’abris de jardins, etc. A noter que nous possédons l’agréation pour les marchés publics.

Nous sommes absolument autonomes à tous niveaux, dès la conception : nous comptons dans notre équipe 5 architectes de jardins, lesquels gèrent également la prospection commerciale, les remises de prix, etc. Nous possédons tout l’outillage dont nous avons besoin sur chantier, géré par des magasiniers. Nous sommes équipés pour entretenir et réparer tout notre matériel.

Cela, et le nombre important de nos équipes, nous rend particulièrement fiables et réactifs. Il nous est arrivé de « rattraper » un marché attribué à un travailleur indépendant dont les prix défiaient toute concurrence, mais n’a pas été en capacité d’assumer la quantité de travail sur le long terme. Ce genre de désagrément n’arrive pas chez nous, grâce à notre flexibilité (30 équipes).

Une autre plus-value éthique à laquelle les pouvoirs publics sont certainement sensibles, c’est que nous sommes subsidiés et que dès lors, le travail au noir est impossible ! Voilà une belle garantie de bonne gouvernance.

Au niveau écologique, nous sommes en réflexion pour trouver des alternatives à l’usage des pesticides, mais jusqu’ici elles sont moins efficaces et réclament davantage de main d’œuvre et de passages, autrement dit un coût plus élevé. Nous travaillons à faire comprendre cela à nos clients mais ce n’est pas toujours aisé…

Qu’est-ce que vous aimeriez dire aux pouvoirs adjudicateurs ? Quels points d’attention vous faciliteraient l’accès aux marchés ?

A l’heure actuelle, la commande publique représente 15% de notre carnet de commandes. La plupart de ces marchés ont été passés par procédure négociée sans publicité. C’est une formule qui nous convient assez bien.

La plus grosse difficulté que nous rencontrons dans les marchés publics d’une manière générale, c’est que le seul critère qui entre en ligne de compte est celui du prix. Nous pouvons difficilement faire valoir la qualité de nos prestations. Dans l’anecdote racontée plus haut, l’indépendant qui a obtenu le marché dont nous avons hérité en cours de route était moitié moins cher que nous, alors que tous les autres soumissionnaires étaient encore au-dessus de notre offre. Le pouvoir adjudicateur dans la rédaction de son cahier de charges devrait tâcher de se prémunir davantage, car il est évident qu’avec de tels prix il est impossible de couvrir toutes les prestations nécessaires à un entretien suffisant, quel que soit le climat.

Le meilleur marché que nous ayons décroché auprès d’une commune se présentait sous forme d’une convention de trois ans et couvrait l’entretien complet d’une cinquantaine de sites. Pour nous c’est formidable, car cela offre une diversité énorme dans les activités, ce qui est très valorisant pour nos équipes. Nous avons alors la main sur tout et sommes parfaitement autonomes.

A l’inverse, un autre pouvoir adjudicateur a partagé son marché en lots et en a réservé un à l’économie sociale. Nous avons obtenu le marché mais nous l’avons regretté : les tâches étaient trop limitées. De plus, le lot en question n’était pas le plus intéressant : c’était presque un travail d’éboueur, le travail que personne n’a vraiment envie de faire. Ça n’a pas été une expérience très positive pour nos travailleurs.

Par contre, si un pouvoir adjudicateur allotise son marché sur base du critère géographique, je l’encouragerais à prendre en compte la répartition géographique des ETA bruxelloises, et à privilégier une répartition d’après l’axe Nord-Sud, et non pas Est-Ouest. Nous-mêmes, par souci de rationnaliser nos déplacements (notre temps de déplacement est payé, mais pas facturé), tâchons de nous repositionner commercialement sur notre zone géographique c’est-à-dire, le sud de Bruxelles. Concrètement, nous aimerions toucher de manière privilégiée les communes d’Uccle, Forest, Anderlecht, Linkebeek Beersel, Alsemberg, Hal, Sint-Pieters-Leeuw, Nivelles, Soignies et Tubize.

Laurence Plumier, SAW-B

[1Le Service bruxellois PHARE (Personne Handicapée Autonomie Recherchée), anciennement connu sous le nom de SBFPH (Service Bruxellois Francophone des Personnes Handicapées) est une Direction d’Administration de la COCOF (Commission communautaire française). Il apporte information, orientation et interventions financières aux personnes handicapées en Région bruxelloise.